Dans l’ultime geste d’espoir, la réussite se dessine pour faire renaître la conviction de l’espérance.
@ Mostefa Khellaf
Je vais encore parler aujourd’hui de l’espoir. Il y a quelques jours, alors que je discutais avec une amie, le mot espoir s’est glissé dans notre conversation. On parlait de tout ce qui se passe dans différents secteurs et de l’impact que cela a sur la vie de tout le monde, particulièrement des habitants de Goma. Entre la crise qui a commencé en janvier, la lettre de l’USAID annonçant le gel des financements, les banques qui restent fermées, et tout ce qui s’est passé (coupures d’eau, d’électricité et d’internet, suivies des morts, blessés, etc.), mon amie m’a dit : « Tout est flou, je vois une sorte de ténèbres très denses, sans issue, sans lumière. » Certes, nous ne savons plus où nous en sommes, mais rien ne dure éternellement !
Encore aujourd’hui, j’ai dit à quelqu’un : « Il faut toujours garder espoir. » Il m’a regardée d’un air particulier, comme si je ne savais pas de quoi je parlais, et il a répondu : « Quel espoir, dans un contexte pareil ? Tout s’est passé tellement vite. » Bien sûr, tout s’est passé tellement vite. Mais pour moi, c’est précisément pour cette raison que nous devons garder espoir.
Je me souviens encore : le lundi 20 janvier, nous étions tous au bureau avec mes collègues. C’était une belle journée, comme d’habitude. Nous avions parlé des tâches clés de la semaine et échangé quelques blagues. J’étais censée être dans un atelier dès le mardi 21 janvier et j’avais donc l’espoir de revoir mes collègues le lundi 27 janvier.
Jeudi 23 janvier, aux alentours de 8 h 00, une panique généralisée a envahi toute la ville. Nous avions reçu l’ordre de suspendre l’atelier et de rentrer chez nous. Nous étions tous perturbés et partagés : certains avaient des enfants à l’école, certains étaient dans une situation pire – les enfants étaient éparpillés dans des établissements très éloignés les uns des autres. Rejoindre nos domiciles, oui, mais qu’en était-il de nos enfants ?
J’essayais de garder mon calme pour aider les autres parents à se calmer. Je leur disais : « Tout va bien se passer, allez-y doucement, vous risquez d’aggraver la situation, calmez-vous… » Mais en même temps, je pensais à mes propres enfants. Je m’imaginais la foule et l’agitation dans leur école et je me demandais comment ils allaient. Bref, personne n’imaginait que cette panique vulgaire donnerait naissance à ce que nous vivons maintenant. Finalement, chacun de nous a trouvé une façon de ramener ses enfants à la maison. Nous pensions que cela passerait. Nous nous textions, nous prenions des nouvelles, et nous arrivions même à plaisanter et à rire.
Le 24 janvier, les choses ont commencé à devenir sérieuses. Certains prenaient des précautions (provision alimentaire, carburant, lampes, etc.), mais la vie continuait presque normalement. Nous étions habitués à ce genre de situations. Nous étions sûrs que c’était plus des rumeurs que de réels dangers.
Les 25, 26 et 27 janvier, la vie a basculé en cauchemar. Certains quartiers étaient privés d’électricité depuis déjà quelques jours, puis tous les quartiers exceptés ceux qui avaient d’autres alternatives (panneau solaire, groupe électrogène). Cela a conduit à une pénurie d’eau potable, et la coupure de la connexion Internet a suivi. Nous étions isolés, coupés du monde. Ce qui est venu ensuite… je préfère ne pas en parler pour l’instant. C’était horrible.
Quand la vie a repris petit à petit, nous avons réalisé que nous avions survécu. Nous étions heureux, soulagés ; c’est quand l’on est sur le point de perdre le souffle de la vie que l’on se rend compte combien respirer est précieux. Nous nous sommes battus pour trouver de l’internet, nous avons cherché de Sim, des endroits avec Vsat, etc. ; eh oui, nous sommes au siècle de la technologie : pas d’internet, pas de vie, du moins c’est ce qu’on nous fait croire. Connectés, les mauvaises nouvelles se sont enchaînées : morts, blessés, pillages, dégâts, viols, etc. Et comme si cela ne suffisait pas, « le gel du financement du gouvernement américain », sans internet, nous n’avions pas des informations, y compris des mauvaises nouvelles. La petite joie d’avoir survécu s’est rapidement transformée en doute, en peur, en incertitude… Je crois que c’est à ce moment-là que mon amie a commencé à parler de « ces ténèbres sans issue ».
Gardez l’espoir. Oui, je le dis depuis le début et je continuerai à le dire. Cultivons la gratitude et concentrons-nous sur ce qu’il y a de positif. Tout s’est passé si vite, pourquoi ne pas croire que tout peut également s’améliorer rapidement ? Pourquoi ne pas croire que cette crise est une transition vers un avenir meilleur ? Après la pluie, vient le beau temps, dit-on. Pourquoi ne pas croire que de bonnes choses arrivent ? Pourquoi ne pas croire que les choses peuvent aussi s’améliorer rapidement ?
L’espoir fait vivre. Il aide à cultiver des sentiments positifs, à alléger notre poids, et à nous ouvrir à des opportunités.
Bien sûr, chacun vit ces événements différemment. Certains sont partis, peut-être pour ne jamais revenir, quittant leur terre sans préparation ni espoir de retour. Certains se sont perdus et ne se retrouveront jamais. Des collègues n’auront plus l’occasion de se dire au revoir. Il y a des gens que je n’ai pas vus depuis le 20 janvier et que je ne reverrai peut-être plus jamais ou pas de si tôt.
Mais l’espoir ? L’espoir me permet de voir une lumière au bout du tunnel. Il me donne la force de croire que ces ténèbres ne sont que temporaires et que je dois tenir pour les jours meilleurs à venir. Il me permet de valoriser toutes les expériences positives comme des cadeaux, avec la conviction qu’elles pourront se reproduire.
Gardez l’espoir. Ce qui se passe dans le monde actuellement n’est pas la fin de la vie. La vie continue, et de bonnes choses restent à venir. Si tout peut basculer en un jour, tout peut aussi renaître en un jour. Un jour a 24 heures, et 24 heures sont suffisantes pour que l’inattendu se produise. Une semaine compte sept jours, et c’est assez pour qu’un miracle arrive. Un mois contient environ 29,5 jours, et c’est amplement suffisant pour qu’une bonne nouvelle surgisse.
Peu importe combien de temps chacun devra attendre, sachez que les « ténèbres denses » ont une durée de vie : rien ne dure éternellement, ni les bons jours, ni les mauvais jours. Ne laissez pas l’incertitude du moment vous définir ou vous perturber. Ne laissez pas les événements vous arracher tout espoir : tout reste encore possible. Mais pour cela, chacun de nous doit y croire. Chacun de nous, à la mesure de sa foi et de ses attentes, doit croire en son « possible ». Les bonnes pensées attirent de bonnes énergies.
Ne laissez pas ce que vous ne pouvez pas contrôler vous empêcher de vivre pleinement. Prenez soin de vous.
Photo crédit : Rafal Bubala